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À Ken Bougoul et à Pape Bouba Diop: La Nation non reconnaissante De notre correspondant à Matam, Habib KÂ

Nos Immortels grands corps malades sont célébrés post-mortem par une nation non reconnaissante : e Sénégal a ne sait pas soigner son malade, mais  peut organiser en grande pompe ses funérailles

Ken bougol Kène Ndoye et Pape Bouba demnaa vêtu de son éternel 19. Faidherbe et le coq gaulois empalés sur le mât du drapeau vert-jaune-rouge. Le Sénégal a pris sa revanche sur l’histoire, ce soir. D’un coup de pied de maître, de Pape Bouba Diop assis, le Sénégal est entré dans la cour des grands du Mondial 2002.

Puis Bouba nous a quittés, stoïque,  guerrier, dans le silence d’une longue souffrance vécue, non partagée avec ses fans, supporters. Bouba est parti, sa mission bien accomplie.

Élevé au rang de Chevalier de l’Ordre national du Lion, à titre posthume, Bouba le conquérant espérait remporter ce combat : recharger son grand corps malade dans les eaux sacrées de Maam Coumba Lambaye, de Teung Guedj la rive noire, vivre, vivre encore, vivre longtemps entouré des héros de l’Odyssée, dansant le yaaba, le ndawrabine, le goumbe, souriant, riant, jouant.

Hélas, l’histoire a emprunté un autre parcours, parce que l’État et la Fédération n’ont pas assuré.

La Nation est-elle devenue non reconnaissante ?

Drôle de manière, en tout cas, de récompenser ses Immortels !

Kène Ndoye, Ken Bugul Ndoye peut pleurer tout son soûl huit ans encore, les dieux des fédérations n’entendront pas ses lamentations, la vie est ainsi faite : ingratitude fait la loi.

Kène a hissé moult fois le drapeau du Sénégal sur les dômes du monde : 13 médailles d’or africaines et une en bronze au championnat du Monde de triple saut. Malade depuis 2012, le monde, l’État, la Fédération, les spectateurs lui tournent le dos.

Kène est redevenue elle-même, celle dont personne ne veut. Elle est redevenue, loin des hourras, des vivats, des acclamations, l’enfant de, sa seule mère, qui s’occupe d’elle avec tendresse et un égal bonheur.

Le Sénégal a ses paradoxes. On ne sait pas soigner son malade, mais on peut organiser en grande pompe ses funérailles. Du mourant on attend l’instant fatidique pour sortir dans tous les sens rendre un hommage de circonstance et porter le deuil.

Kène Ndoaye n’a reçu aucune assistance depuis huit ans que sa maladie dure. C’est sa mère qui fait tout pour elle, la fédération restant lui devoir des primes impayées depuis 14 ans. Elle est de Guédiawaye, la Commune du richissime maire Aliou Sall et de Malick Gakou le mécène. Aux dernières nouvelles, le chef de l’État a débloqué 10 millions. Trop tard, M. le président : le mal est déjà fait. Huit ans que cela dure. Vous n’étiez pas au courant, direz-vous.

Le Sénégal déshonore ses héros pour consacrer les insignifiants, les parasites. Président Abdoulaye Wade a immortalisé Amy Mbacké Ndiaye en lui dédiant une rue.

Que devient le patrimoine de Ousmane Sembene, de Issa Samb, Joe Ouakam ? Ndiaye Doss, Guelewar, la voix de stentor, s’est tue dignement, préférant pointer un indexe accusateur sur les plaies de la société que de tendre la main ouverte pour mendier la pitance.

Des pensionnaires de la prestigieuse école “Daaray Kocc” sont souvent exhibés sur les plateaux des télévisions pour se délecter des bons vieux temps pendant que ces messieurs et dames, des indigents, souffrent de maladies chroniques, sans moyens de soulager leurs peines.

Le Sénégal, le pays de l’hypocrisie et du laisser-faire, payer ou l’alcool coule à flot, la drogue circule librement, la prostitution acceptée.

Pays des “battré”, des “berndel”, des xawaaré.

Pape Bouba Diop n’a pas été rétribué à sa juste valeur. Kène Ndoye et bien d’autres immortels non plus.

L’État du Sénégal traîne les pieds quand il s’agit de venir à la rescousse de ceux qui sont dans le grand besoin, préférant engraisser des élus paresseux payés chaque mois à ne rien faire, à se tourner les pouces, une cohorte de ministres conseillers, de chargés de missions, jusqu’aux épouses de diplomates.

Adieu Pape Bouba Diop !

Saute, saute, belle Jigeen, comme chantait le poète, saute encore Kène, plus loin, court plus vite, notre gazelle.

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